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Chapitre Six - 29  posté le samedi 02 mai 2009 17:45

 

Il devint distant et ne me prêta plus attention durant une bonne minute, au point où je me demandai s’il m’avait entendue. Ma voix s’était sans doute perdue dans les injures qui fusaient tout près de nous.

 

Finalement il parla.

 

-Parce que si j’étais venu te voir avant, répondit-il avant à voix très basse, comme si ce n’était qu’un souffle, tu aurais été mal à l’aise.

 

-Je ne comprends pas, dis-je en hésitant.

 

Il soupira. Je l’ennuyais. Mieux valait qu’il reste avec sa petite amie, dans ce cas…

 

-Tu n’avais pas vraiment envie de sortir avec moi, l’autre vendredi, expliqua-t-il. Je me suis dit que tu oublierais le souvenir de mon invitation, si je laissais quelques jours passer. J’avais raison ?

 

Absolument pas, eus-je envie de répondre. Comment lui dire qu’inconsciemment, j’avais eu tellement hâte à ce rendez-vous ? Et que maintenant je regrettais de ne pas l’avoir su quand ç’avait été le temps ?

 

-Oui, tu avais… raison, mentis-je avec difficulté.

 

-Alors dans ce cas, est-il trop tard pour devenir amis ?

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, je méditai sa question. Que devais-je lui répondre ? Être amie avec lui, c’était certes mieux que rien, mais j’ignorais si je serais capable de m’en contenter. Maintenant qu’il avait une petite amie, aucune erreur de ma part – ni de la sienne d’ailleurs, mais cela ne risquait pas d’arriver ne serait tolérée.

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Chapitre Six - 30  posté le samedi 02 mai 2009 17:47

 

En même temps, si je lui disais non, il verrait cela comme un refus catégorique d’une quelconque relation entre nous. Finalement, le choix était plutôt évident.

 

-Non, bien sur que non. Il n’est jamais trop tard pour cela.

 

-Eh bien, est-ce que ma nouvelle amie voudrait me voir, vendredi ?

 

-Pardon ?

 

À quoi jouait-il ? Il n’allait pas recommencer, tout de même ! Un rendez-vous avec lui, c’était bien sur la chose que je souhaitais le plus au monde ; mais si cela signifiait qu’il arrêterait encore de me parler pendant des semaines, je préférais éviter de le voir en dehors de l’école.

 

En particulier si cette sortie impliquait que sa petite amie fût présente.

 

Je n’y allai pas par quatre chemins en donnant ma réponse.

 

-Pas question.

 

Il ouvrit de grands yeux étonnés. Il ne s’était pas attendu à ce que je refuse – et moi non plus, au fond. Sans doute étais-je la première fille de l’école à l’avoir déjà fait. C’était une première.

 

-Tu veux dire… euh… Quoi ? bafouilla-t-il.

 

Oui, décidément, c’était la première fois qu’il était confronté à un refus.

 

-Je ne te verrai pas en dehors de l’école vendredi.

 

-Mais pourquoi ?

 

 

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Chapitre Six - 31  posté le samedi 02 mai 2009 17:48

C’était plutôt moi qui aurais dû lui demander pourquoi il m’invitait à nouveau. Après tout, il avait une petite amie ! Et je ne l’intéressais pas. Pas comme je l’aurais voulu, du moins.

 

-Si tu veux savoir, je t’ai dit non parce que je ne veux pas que ça se termine comme l’autre fois. Et j’ai peur d’être incapable de m’empêcher d’être jalouse de ta petite amie si elle doit passer la soirée avec nous, rajoutai-je si bas que moi-même je ne m’entendis pas.

 

-Qu’est-ce que tu viens de dire ? demanda-t-il en criant presque, la voix alarmée.

 

-Je n’ai rien dit du tout, mentis-je effrontément.

 

Cet homme avait des oreilles bioniques. J’avalai difficilement une nouvelle bouchée de mon repas. Puis je repris la parole.

 

-Quoiqu’il en soit (Je me remis à ranger mes choses), il est préférable qu’on ne se voit pas en dehors de l’école.

 

Je me levai.

 

-Comment peut-on être amis si on se voit seulement entre les classes ?

 

-Je ne sais pas.

 

Je partis.

 

 

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Chapitre Six - 32  posté le samedi 02 mai 2009 17:50

* * *

Ce midi-là, je voulus me réfugier au deuxième étage de l’école pour dessiner en toute tranquillité. Je sortis une feuille et un crayon, attendant l’inspiration, mais rien ne vint. Il est vrai que je n’étais pas d’humeur à cela. Je venais de gâcher la seule chance que j’aurais jamais – d’enfin ! me faire un ami. Nous étions en avril, il aurait été plus que temps que je me fasse enfin quelques relations.

 

Je pensai à Mikhaël longtemps et voulus même reproduire son visage sur le papier que je tenais, mais je ne réussis même pas à dessiner ses cheveux. La raison était simple ; ce garçon était si beau que la plus jolie des photos ne lui rendait même pas justice. Je me mis à sourire bêtement en voyant tous les détails de son visage dans ma tête. Tout chez lui était parfait et il me semblait qu’il s’embellissait encore de jour en jour. Comme sa petite amie était chanceuse de l’avoir…

 

Un bruit me fit relever la tête. Rêvais-je ? Mon ange était là, son corps toujours auréolé de lumière. Encore plus beau que dans mon souvenir. J’en eus le souffle coupé. D’où venait ce vent qui agitait ses cheveux, comme la première fois que je l’avais aperçu ? La question ne s’attarda pas longtemps dans ma tête ; je ne pensais plus à rien, mais l’idée me vint à l’esprit qu’à force de le fixer ainsi, mes yeux devaient se croiser.

 

Mikhaël Donnelly lui-même était parti de mes pensées.

 

Marchait-il vers moi ? Je me rendis compte que je m’étais installée là où il était assis la dernière fois.  Avait-il l’habitude de s’asseoir précisément là ? Si oui, il devait être fâché que je lui aie volé sa place. Je voulus me déplacer, mais avant de bouger, mes yeux croisèrent les siens (Les battements de mon cœur doublèrent de rythme, comme si j’étais confrontée à un stress intense) et je ne lus sur son visage un peu figé aucune animosité. Un imperceptible sourire apparu même sur ses lèvres.

 

Il continua son chemin mais n’alla pas bien loin. Il s’assit devant la porte d’un autre local mathématiques de troisième secondaire, pourtant cet homme n’avait strictement rien d’un enfant de quatorze ans. Il sortit un Ipod de ses poches, mit les écouteurs dans ses oreilles. Je n’entendais pas sa musique ; c’était bien, mon ange avait du bon sens, il ne voulait pas devenir sourd.

 

J’avais oublié que les gens n’aiment pas se faire fixer. Comme je ne le quittais pas du regard, il finit par lever les yeux vers moi. Ils étaient bleu pâle, et habituellement je détestais cette couleur. Mais c’étaient les siens, et ils étaient si beaux, si profonds. Pleins de vie et… de pureté.

 

À ce moment-là, quelque chose de très étrange se produisit. La magie de l’amour ? Du cinéma ? Qui sait. J’eus beau essayer de baisser mes yeux pour les détacher des siens, je n’y arrivai pas. Une statue n’en aurait pas moins été capable.

 

Puis, soudainement, une folle envie s’empara de moi. Non pas celle d’aller aux toilettes ; ce n’était pas le temps pour cela. Je ressentais tout à coup le besoin de m’approcher de l’ange et de le toucher. C’était un besoin incontrôlable, exagéré. J’eus toute la misère du monde à ne pas me lever pour le satisfaire. Heureusement (Mon contrôle ayant des limites), il disparu de lui-même après une dizaine de secondes. Quant à moi, j’étais étrangement épuisée, comme si je n’avais pas dormi depuis plusieurs jours. Ou comme si le simple fait d’avoir résisté à l’envie de serrer l’ange contre moi m’avait réellement coûté de grands efforts physiques.

 

Tout aussi étrangement, je réussis ensuite sans aucune difficulté à détacher mon regard du sien. L’envie de dormir, par contre, était si forte – presque aussi forte que celle que j’avais eu de toucher l’ange que je ne parvins pas à y résister. Je m’endormis sur le plancher.

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Chapitre Six - 33  posté le samedi 02 mai 2009 17:51

***

-As-tu vu le nouveau film au cinéma ? Le film d’horreur, tu sais.

 

Était-ce encore une demande de rendez-vous «entre amis» masquée ? Je n’y connaissais pas grand-chose, dans ce domaine-là.

 

Mikhaël m’avait rattrapée dans le couloir, juste avant que je ne rentre dans mon cours d’histoire. Le hasard – ou ma chance habituelle avait voulu que le trois quart de mes locaux soient près des siens. Aussi arrivait-il souvent que je le voie passer devant la fenêtre d’un de mes cours, alors qu’il était déjà commencé, parce qu’il s’était fait mettre dehors.

 

-Non, je ne l’ai pas vu, répondis-je.

 

Le contraire aurait été étonnant, vu que ma dernière sortie au cinéma datait de… jamais, je me souvenais bien.

 

Au lieu d’être pleine d’espoir à l’idée qu’il m’invite, j’avais peur qu’il le fît. L’invitation était pourtant imminente.

 

-Aurais-tu envie de le voir ?

 

Voilà, la demande était faite. De manière indirecte, en tout cas. Comment une pauvre fille comme moi pouvait-elle seulement penser résister à cette voix chaude et invitante ?

 

-Avec toi ? demandai-je tout de même afin d’en être certaine.

 

-Évidemment, répondit-il avec son sourire en coin habituel.

 

Il s’approcha de moi et, intimidée mais pas effrayée, je reculai jusqu’à toucher le mur derrière moi. Je serrai mes cartables contre ma poitrine afin qu’il ne puisse pas voir (Comment aurait-il fait ?) mon cœur battre à toute allure.

 

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