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Ce
midi-là, je voulus me réfugier au deuxième étage de l’école
pour dessiner en toute tranquillité. Je sortis une feuille et un
crayon, attendant l’inspiration, mais rien ne vint. Il est
vrai que je n’étais pas d’humeur à cela. Je venais de
gâcher la seule chance que j’aurais jamais –
d’enfin ! – me faire un ami. Nous étions
en avril, il aurait été plus que temps que je me fasse enfin
quelques relations.
Je pensai à
Mikhaël longtemps et voulus même reproduire son visage sur le
papier que je tenais, mais je ne réussis même pas à dessiner ses
cheveux. La raison était simple ; ce garçon était si beau que
la plus jolie des photos ne lui rendait même pas justice. Je me mis
à sourire bêtement en voyant tous les détails de son visage dans ma
tête. Tout chez lui était parfait et il me semblait qu’il
s’embellissait encore de jour en jour. Comme sa petite amie
était chanceuse de l’avoir…
Un bruit me
fit relever la tête. Rêvais-je ? Mon ange était là, son corps
toujours auréolé de lumière. Encore plus beau que dans mon
souvenir. J’en eus le souffle coupé. D’où venait ce
vent qui agitait ses cheveux, comme la première fois que je
l’avais aperçu ? La question ne s’attarda pas
longtemps dans ma tête ; je ne pensais plus à rien, mais
l’idée me vint à l’esprit qu’à force de le fixer
ainsi, mes yeux devaient se croiser.
Mikhaël
Donnelly lui-même était parti de mes pensées.
Marchait-il
vers moi ? Je me rendis compte que je m’étais installée
là où il était assis la dernière fois. Avait-il l’habitude de
s’asseoir précisément là ? Si oui, il devait être fâché
que je lui aie volé sa place. Je voulus me déplacer, mais avant de
bouger, mes yeux croisèrent les siens (Les battements de mon
cœur doublèrent de rythme, comme si j’étais confrontée
à un stress intense) et je ne lus sur son visage un peu figé aucune
animosité. Un imperceptible sourire apparu
même sur ses lèvres.
Il
continua son chemin mais n’alla pas bien loin. Il
s’assit devant la porte d’un autre local – mathématiques de troisième
secondaire, pourtant cet homme n’avait strictement
rien d’un enfant de quatorze ans. Il sortit un Ipod de ses
poches, mit les écouteurs dans ses oreilles. Je n’entendais
pas sa musique ; c’était bien, mon ange avait du bon
sens, il ne voulait pas devenir sourd.
J’avais oublié que les gens n’aiment pas se
faire fixer. Comme je ne le quittais pas du regard, il finit par
lever les yeux vers moi. Ils étaient bleu pâle, et habituellement
je détestais cette couleur. Mais c’étaient les siens, et ils
étaient si beaux, si profonds. Pleins de vie et… de
pureté.
À ce
moment-là, quelque chose de très étrange se produisit. La magie de
l’amour ? Du cinéma ? Qui sait. J’eus beau
essayer de baisser mes yeux pour les détacher des siens, je
n’y arrivai pas. Une statue n’en aurait pas moins été
capable.
Puis,
soudainement, une folle envie s’empara de moi. Non pas celle
d’aller aux toilettes ; ce n’était pas le temps
pour cela. Je ressentais tout à coup le besoin de m’approcher de
l’ange et de le toucher. C’était un besoin
incontrôlable, exagéré. J’eus toute la misère du monde à ne
pas me lever pour le satisfaire. Heureusement (Mon contrôle ayant
des limites), il disparu de lui-même après une dizaine de secondes.
Quant à moi, j’étais étrangement épuisée, comme si je
n’avais pas dormi depuis plusieurs jours. Ou comme si le
simple fait d’avoir résisté à l’envie de serrer
l’ange contre moi m’avait réellement coûté de grands
efforts physiques.
Tout
aussi étrangement, je réussis ensuite sans aucune difficulté à
détacher mon regard du sien. L’envie de dormir, par contre,
était si forte – presque aussi forte que celle que
j’avais eu de toucher l’ange – que je ne parvins pas à y
résister. Je m’endormis sur le plancher.