Chapitre Quatre - 19  posté le mardi 21 avril 2009 23:00

Chapitre Quatre

Le rendez-vous

 

Mars était arrivé, le mois des dernières grosses tempêtes et des examens de mi-année. Ceux-ci débuteraient dans une semaine et je passais tout mon temps libre à l’école à étudier, chose que j’aurais dû commencer à faire un peu avant je commençais vaguement à paniquer en m’apercevant que je comprenais rien ni en sciences, ni en mathématiques. Quant à mon temps libre à la maison, je n’en avais aucun ; je passais mes soirées à dormir, ayant pris l’habitude de manger rapidement en arrivant chez moi puis de tout de suite aller me coucher dans mon lit. Même en essayant, j’aurais eu de la difficulté à rester réveillée jusqu’à sept heures du soir, et j’ignorais pourquoi.

 

J’étudiais donc tous les midis à la cafétéria, et Mikhaël avait pris l’habitude de venir me voir une fois de temps en temps. J’avais par contre remarqué que lorsqu’il ne venait pas me voir, il était toujours à proximité. Je m’étais demandé si c’était un fruit du hasard que j’avais remarqué uniquement parce que je regardais toujours autour de moi si je le voyais. Quoiqu’il en soit, je doutais finalement qu’il me parle uniquement dans le but de se rapprocher de ma sœur. Je ne les avais jamais vus ensemble, et il n’était pas du genre timide. J’aurais même osé dire que nous commencions à passer beaucoup de temps ensemble, ce qui n’était pas pour me déplaire.

 

Il alla même, une jour de la mi-mars, jusqu’à venir me rejoindre à la fin de mon cours. J’en restai bouche bée.

 

-Comment as-tu su dans quel cours j’étais ? lui demandai-je, les yeux ronds sous la surprise qu’était le fait de marcher à ses côtés, sous le regard de tous les élèves de l’école.

 

Il fit le réflexe que j’avais remarqué qu’il avait lorsqu’il était nerveux ce qui n’arrivait pas tellement souvent , soit de tordre un peu sa bouche en regardant ailleurs.

 

-Disons que je t’ai… aperçue alors que je passais devant ton local ? dit-il en terminant sa phrase comme s’il s’agissait d’une question.

 

-J’en serais pas mal étonnée, tu attendais devant la porte quand je suis sortie, lançai-je en riant doucement.

 

-Ça n’empêche absolument pas que je t’ai vue.

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Chapitre Quatre - 20  posté le mardi 21 avril 2009 23:02

Il me fit un clin d’œil et je ne cherchai pas plus loin. J’avais déjà assez de faire semblant de ne pas remarquer les yeux des garçons comme des filles qui suivaient tous nos mouvements alors qu’il me raccompagnait jusqu’à mon casier. Je crus qu’il repartirait dès que nous y serions arrivés, mais il resta près de moi, très près même, vu que la rangée où nous étions était bondée de monde. Lorsqu’il parla, sa délicieuse haleine monta jusqu’à mes narines et je me mis à sourire bêtement.

 

-Qu’est-ce… que l’on … soir ? … l’école ? entendis-je seulement.

 

Je continuai de sourire, ne lui demandant même pas de répéter sa question, tellement j’étais hypnotisée par sa simple présence. J’étais complètement noyée dans ses yeux bleus, un véritable océan toujours aussi mystérieux et indéchiffrable. J’aurais pu tomber à la renverse tellement il était beau, et si cela s’était produit, je n’avais aucun doute qu’il m’aurait rattrapée avant même que je ne me rende compte que je tombais.

 

-Alors ? Ça te dit ? continua-t-il, souriant lui aussi.

 

-Quoi donc ? demandai-je, et mon ton de voix me fit penser à celui qu’aurait pris une fervente croyante en rencontrant Jésus.

 

-De me voir ce soir.

 

Il s’esclaffa. Nous nous étions adressé la parole pour la première fois environ un mois auparavant et j’avais estimé, jusque-là, que je n’avais pas eu l’air d’une parfaite idiote trop souvent. Il m’arrivait parfois encore, par contre, de me rabaisser au niveau d’une imbécile, en particulier lorsqu’il me disait des choses comme cela.

 

-Ce soir, c’est impossible.

 

-Tu te trouves des excuses pour ne pas être forcée à m’endurer plus longtemps, ou c’est vrai ?

 

-Idiot, dis-je en lui donnant une petite tape sur le bras qu’il ne dut même pas sentir. On est mardi, ma mère ne me laissera jamais sortir.

 

Il leva les yeux au ciel.

 

-Très bien alors, on reporte ça à vendredi.

 

Avant même que je n’aie eu le temps de répondre, il était parti.

 

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Chapitre Quatre - 21  posté le mardi 21 avril 2009 23:03

J’évitai sa présence le plus possible jusqu’au vendredi. Nous avions beau nous connaître depuis un mois, j’avais l’impression qu’il était encore un étranger pour moi, alors que lui me disait des choses comme s’il me connaissait sur le bout des doigts, au point que c’en était même étrange. Je n’étais même pas certaine que nous soyons amis ; je le considérais plus comme une connaissance – très belle, la connaissance à qui je parlais une fois de temps en temps, sans plus j’aurais voulu que ce soit plus.

 

Je ne savais même pas si c’était vraiment un rendez-vous, en bonne et due forme, qu’il avait prévu pour le vendredi. Cette idée me semblait improbable, premièrement parce que ce serait mon premier rendez-vous et deuxièmement parce que j’avais de la difficulté à penser que notre relation puisse s’en aller sur cette voix, même si je le désirais plus que tout.

 

Oui, il faisait l’effort de venir me voir à la cafétéria, de me saluer dans les couloirs et plus encore, et je savais bien qu’il le faisait parce qu’il en avait envie, mais en même temps, ce n’était pas assez. Nous n’étions pas rendus là ; nous en étions encore à apprendre à nous connaître.

 

Quoiqu’il en soit, je dus lui paraître très distante pendant les trois jours suivant son «invitation». Le vendredi finit quand même par arriver et nous n’avions pas encore reparlé de… j’osais à peine y penser. Notre rendez-vous. J’espérais qu’il l’aurait oublié ; je n’arrivais tout simplement pas à m’imaginer, moi, avec un petit copain. Même si rien n’était moins sûr que nous en arriverions jusque-là.

 

À la fin du dernier cours de la semaine, quand la cloche sonna, Mikhaël était revenu m’attendre à la porte de mon local. Comme la dernière fois, toute l’école nous regarda – soit avec jalousie, soit avec de grands yeux ronds pendant qu’il me raccompagnait jusqu’à mon casier. Il resta muet pendant tout le chemin, la bouche légèrement tordue (C’était très dur à décrire, elle n’était pas tordue, on aurait simplement dit qu’il alignait mal ses dents. Cela ressemblait à un sourire en coin, mais ce n’en était pas tout à fait un.), signe qu’il était nerveux. Je me dis que sans nul doute, il avait bien repensé à sa proposition et il avait décidé de tout annuler. Non, décidément, il s’était imaginé qu’on pourrait aller plus loin, mais après mûre réflexion, il s’était rendu compte qu’il n’en avait plus envie. Je m’attendais à tout instant à ce qu’il me dise ces mots destructeurs.

 

Avant de repartir vers son casier, il me regarda dans les yeux en fronçant légèrement les yeux, un air interrogatif sur le visage. Mais il ne dit rien de s’en alla.

 

Durant tout le trajet en autobus, je me demandai si je devais m’attendre à ce qu’il passe me chercher ce qui, en fin de compte, paraissait improbable étant donné qu’il ne connaissait même pas mon adresse ou plutôt à ce qu’il me parle graduellement de moins en moins souvent au cours des jours qui allaient suivre.

 

J’arrivai à la maison toute maussade. Pour moi, un vendredi ne représentait rien de plus que n’importe quelle autre journée banale de la semaine. Mais ce vendredi-ci, bien que j’aie eu peur de son arrivée, était important pour moi. Inconsciemment, j’avais eu hâte à ce vendredi et maintenant que je savais qu’il ne se passerait rien ce soir, ma joie à son approche s’était transformée en tristesse.

 

Ce soir-là, je m’endormis encore plus tôt qu’à l’habitude. La fatigue était telle que je ne me réveillai pas avant une heure avancée de la journée, le lendemain. Mon sommeil fut rempli de cauchemars.

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Chapitre Cinq - 22  posté le mercredi 22 avril 2009 00:52

Chapitre Cinq

L'apparition divine, ou la fois où mon esprit décalé fit des siennes

 

Cela me sauta au visage : je n’étais plus bonne en dessin.

 

Complètement trahie par mes yeux qui avaient cru voir des merveilles, je jetais rageusement à la poubelle tout ce que j’avais dessiné durant les dernières semaines. Je trouvais maintenant tout cela terriblement laid. Ce n’était même pas de l’art, ce n’était que des enfantillages.

 

À mesure que mon dégoût de mes barbouillages augmentait, ma poubelle se remplissait. Un tel dessin ne méritait même pas que je le regarde, un autre semblait être le pire que j’eus jamais fait.

 

Je n’en revenais pas. J’étais si certaine que le dessin faisait partie de moi. Enfant, j’avais démontré un certain talent là-dedans et je n’avais jamais pensé qu’il s’effacerait un jour. Je n’étais absolument plus douée.

 

J’arrivais à la fin de mon cahier lorsque je tombai sur les premières «œuvres» qui avaient voulu marquer mon retour à l’art. Celles que j’avais faites le midi où Mikhaël m’avait regardé dessiné sans que je ne m’en aperçoive. Celles qu’il avait dit aimer.

 

Je les mis à l’écart, loin de la poubelle. Je me retournai pour sortir de ma chambre ; il était l’heure d’aller à l’école. Mais ma mère se tenait devant la porte, les bras croisés, pour m’empêcher de passer.

 

-Pourquoi jettes-tu tout cela, Alexis ? Je croyais que tu t’étais sérieusement remise à dessiner.

 

-Je le croyais aussi, répondis-je en soupirant, mais je suis réaliste et je vois bien que ça n’en vaut pas la peine.

 

-Mais voyons, que dis-tu là !

 

Ma mère n’avait de cesse de me répéter à quel point elle me trouvait douée, et quant à moi, je n’avais de cesse de lui dire qu’elle exagérait un peu. Maintenant, je trouvais qu’elle exagérait beaucoup. Je n’étais absolument pas douée.

 

Presque furieuse, ma mère se dirigea d’un pas raide vers ma poubelle et en sorti tout ce que je venais d’y mettre. Je lui arrachai les feuilles des mains et les remis où elle les avait prises en la regardant dans les yeux.

 

-Ils sont horribles. Laisse-les là.

 

Elle acquiesça d’un signe de tête et je sentis que lorsque je reviendrais à la maison, ce soir, je verrais tous mes dessins soigneusement empilés sur mon bureau de travail. Enfin, ce n’était qu’une impression.

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Chapitre Cinq - 23  posté le mercredi 22 avril 2009 00:53

  

Je crus que j’allais m’endormir dans l’autobus. Ma fatigue augmentait de jour en jour, comme si les heures que je passais à dormir, la nuit, ne faisaient qu’empirer mon état. Depuis quelques semaines, je pouvais expliquer cela par le fait que la vie me tentait un peu moins. Que Mikhaël avait cessé de me parler.

 

J’arrivai à l’école, pris mes cartables et partis m’asseoir devant la porte de mon local, comme je le faisais depuis que tout le monde s’était officiellement passé le mot pour arrêter de m’adresser la parole. D’abord Mikhaël, ensuite mes fausses amies qui m’ignoraient encore plus qu’avant. Je n’avais pas été sans remarquer que leur intérêt pour moi s’était légèrement accru lorsque j’étais devenue une copine du garçon le plus populaire de la polyvalente. Maintenant, c’était chose du passé. La situation était encore plus pénible pour moi qu’avant.

 

Hier encore, j’aurais passé le temps avant que la cloche sonne en dessinant, mais désormais, aussi idiot que cela puisse être, le mot dessin était lié à Mikhaël.

 

Nous ne nous étions pas reparlé une seule fois depuis la date de notre rendez-vous (Qui n’avait, finalement, jamais eu lieu), deux semaines auparavant. Je mettais le blâme sur moi-même ; je n’avais rien d’attirant pour un garçon qui pouvait avoir toutes les filles qu’il voulait. Il avait simplement trouvé mieux que moi c’est ce que j’imaginais, mais je ne l’avais pas encore vu avec une fille en particulier.

 

Je n’avais maintenant plus rien à faire pour m’occuper durant la journée. Les examens étant terminés, je ne ressentais pas le besoin d’étudier, je n’avais personne pour me tenir compagnie et je refusais de recommencer à dessiner. Mais ma fierté prenant le dessus, je sortis tout de même une feuille et un crayon, histoire de ne pas avoir l’air d’être complètement inoccupée.

 

Pour la première fois, l’inspiration ne me venait pas. Alors je fis des cercles, j’en fis partout sur la feuille, et je crois bien que cinq minutes passèrent avant qu’il n’y ait plus de place pour en faire un seul. Alors, je levai la tête et regardai autour de moi.

 

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