Ce midi-là, je décidai de lâcher un peu mes excellentes amies, de m’armer d’une bonne dizaine de feuilles blanches, de crayons, et d’aller m’installer à la cafétéria pour laisser libre cours à l’excitation que je sentais couler dans mes veines. Bien naïve, j’avais l’impression d’être une artiste peintre sur le point de commencer son œuvre maîtresse, celle qui ferait de sa carrière quelque chose d’international et d’extraordinaire. C’est le sourire aux lèvres et les yeux brillants que je m’assis à une table, où je restai figée, complètement immobile, pendant cinq minutes.
Puis le sourire se rétrécit peu à peu. Je n’avais même pas une foutue idée quant à ce que je voulais mettre sur mon papier. Un cheval ? C’était bon pour les enfants de sept ans. Une maison ? Voilà qui me rabaissait à l’âge de la maternelle. Un visage ? Non, quand même, je ne croyais pas être bonne à ce point-là. Un loup ? Je ris malicieusement.
Je fis quelques traits imprécis, pâles, que j’entourai de cercles de différentes grosseurs, près desquels je dessinai des étoiles. Je mis mon coude gauche sur la table et appuyai ma tête contre ma paume en esquissant d’autres lignes floues sur la feuille, qui se remplissait lentement de formes mystérieuses. J’écrivis distraitement une ou deux phrases d’une chanson qui me trottait dans la tête, sans prêter attention ni à ce qui se passait près de moi, ni à ce que je faisais.
Cette première feuille finit par être totalement remplie, à ma grande surprise, car j’avais fini par tomber dans la lune. J’observai le résultat. Pas mal. Cela paraissait… original. Pas du grand art, plutôt du n’importe quoi, mais ce n’importe quoi sortait de ma tête et je trouvai cela très bien. D’un certain côté, je trouvai même cette première «œuvre d’art» belle. Je signai mes initiales, inscrivis la date, pris une deuxième feuille et recommençai le même tralala.
L’inspiration ne me manqua même pas. Je dessinai des petits bonshommes un peu ridicules, surtout rigolos, ajoutai de la couleur – du rouge en particulier, cela me plaisait bien aujourd’hui – et tentai même d’ébaucher un certain visage, que j’effaçai rapidement tellement je n’arrivais pas à lui rendre justice.



