Chapitre Deux - 9  posté le mardi 21 avril 2009 00:39

 Cette dernière phrase me mit encore un peu plus mal à l’aise. On me la sortait souvent – non, quand même, seize ans, j’avais du mal à croire moi-même que j’étais aussi jeune , mais le fait que ce fut lui qui me le dise était étrange. D’autant plus qu’il l’avait dit comme si nous nous parlions souvent et qu’il était surpris d’apprendre mon âge. C’était assez déroutant surtout que je n’étais même pas en troisième secondaire.

 

 -En fait, je suis en quatrième et j’ai seize ans. J’ai emménagé ici cette année, répondis-je en reprenant un peu d’assurance.

 

 Il se remit à regarder les photos et je me dis que, nul doute possible, cette fois-ci j’avais dû paraître très brusque. Je me remis à contempler le bleu de mes souliers et il s’esclaffa à nouveau quelques secondes plus tard. Oui, oui, Bobby Côté restait toujours aussi hilarant, peu importe le nombre de fois qu’on le regardât dans une journée.

 

 -Viens voir celle-là, me lança-t-il – pas Bobby, Mikhaël.

 

 M…m’approcher de lui ? Voilà qui était une très mauvaise idée. Mais j’obéis tout de même.

 

 Le mètre qui nous séparait lorsque j’étais adossée à la fenêtre me semblait déjà être un très  mince espace entre nous, et c’est pour cette raison que je restai à trente bon centimètres de lui lorsque je m’avançai pour voir la photo – que je ne pus même pas voir, en réalité, de l’angle où je me trouvais.

 

 -Tu l’avais déjà vue ? me demanda-t-il devant mon manque de réaction.

 

 -La photo ?

 

 -Oui.

 

 Voilà qui me plaçait dans une situation embêtante, puisqu’en ce moment même, je ne voyais que le Soleil refléter sur le plastique protégeant ces pauvres diplômés, cibles des rires de tous.

 

 -Hmmm…

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Chapitre Deux - 10  posté le mardi 21 avril 2009 00:39

 

 J’avais déjà assez eu l’air d’une idiote. J’approchai légèrement mon visage en espérant apercevoir la fille dont il parlait, mais les reflets du Soleil n’en furent que plus gênants. Alors je me déplaçai encore plus en avant en pensant que Mikhaël se reculerait pour me laisser de la place, mais il ne bougea pas d’un poil. Et moi, je ne voyais toujours pas la photo. Je souhaitai mentalement que la cloche me sauve de cet embarras, mais à peine deux minutes s’étaient écoulées depuis que j’avais regardé ma montre. Comment le temps pouvait-il passer aussi lentement alors que j’étais en si bonne compagnie ?

 

 J’arrivai finalement à voir la photo, une que j’avais déjà regardée pleins de fois, une très mauvaise photo d’une fille pourtant tout à fait normale.

 

 -Oui, je l’avais déjà vue, répondis-je simplement.

 

Je retournai aussitôt à ma place initiale, près de la fenêtre. C’était bien beau de parler au plus bel homme que la Terre n’eût jamais connu, mais il me mettait mal à l’aise. J’aurais voulu qu’il trouvât un autre sujet de conversation. Et je me demandais pourquoi il me parlait ; était-ce seulement en attendant que les cours commencent, car il n’avait rien d’autre à faire, ou – non, sérieusement, je n’en avais aucune idée, je ne m’y connaissais pas là-dedans parce qu’il cherchait réellement un moyen de me… connaître ? Il me semblait que ç’aurait été bien trop beau pour être vrai.

 

 Déçue, car il m’était maintenant évident qu’il ne pouvait s’intéresser à moi, je pris mes cartables et commençai à m’éloigner.

 

 -Où est-ce que tu vas ? me demanda aussitôt Mikhaël en détachant enfin son regard des fichues photos.

 

 Mais malheureusement pour moi, je ne pouvais pas dire : «Oh, j’allais m’en aller, mais puisque tu as finalement l’air de vouloir me parler pour de vrai, il se pourrait que je reste.» Comme j’aurais voulu sortir cela, par contre.

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Chapitre Deux - 11  posté le mardi 21 avril 2009 00:40

 

 Je le trouvai tellement beau, lorsque je me retournai vers lui. Au long de ces quelques dernières minutes, il ne m’avait pas réellement regardée et je n’avais pas eu l’occasion d’admirer ses traits. Je m’accordai quelques secondes pour le faire.

 

 N’importe qui d’autre que lui aurait paru négligeant, avec ses drôles de boucles qui lui tombaient à un centimètre au-dessus des yeux et sa coupe de cheveux d’une longueur inhabituelle. Ses yeux étaient d’un bleu très sombre, et c’était la première fois que je remarquais véritablement leur couleur – je l’adorai immédiatement. Ils étaient tellement différents des yeux bleu pâle que l’on voyait à tous les coins de rue. Il fermait légèrement les yeux, comme s’il avait une mauvaise vision et qu’il s’efforçait de mieux distinguer les contours de quelque chose, ou bien alors c’était son regard séducteur.

 

 Son nez était droit et fin, placé exactement comme il le fallait – certaines personnes avaient le nez trop haut et cette caractéristique m’avait toujours énervée au-dessus de sa bouche rose foncé. On aurait d’ailleurs pu croire que celle-ci était un petit peu croche, mais je devinai qu’il la plaçait comme cela par réflexe quand il était nerveux, ou quelque chose dans le genre – moi, j’arriverais à le rendre nerveux ? jamais de la vie, je devais l’indifférer totalement, plutôt.

 

 Il était toujours habillé à la dernière mode et, pour mon plus grand bonheur, il n’avait pas adopté le style rappeur que tous les autres garçons affectionnaient tant. Autrement dit, il ne se promenait pas avec le fond de culotte par terre.

 

-Je dois aller aux toilettes avant que les cours ne commencent, répondis-je à sa question.

 

 Je réalisai deux secondes trop tard la stupidité que je venais de sortir. Les cours commençaient dans plus de dix minutes, qu’allait-il croire désormais que je pouvais bien faire aux toilettes pendant tout ce temps ? J’étais alors loin de me douter qu’il y avait bien pire, cependant que je m’éloignais de lui dans le couloir.

 

 -Alexis ? lança-t-il.

 

Je me retournai vers lui en rougissant certainement, car il savait mon nom. Comme il pouvait bien sonner, quand c’était lui qui le prononçait.

 

 -Les toilettes sont de l’autre côté, continua-t-il.

 

Mes joues perdirent leur couleur, tandis que je rebroussais chemin et me dirigeais d’un pas raide dans la bonne direction. J’eus le temps d’entendre son doux rire avant que je ne tourne le coin d’un autre corridor.

 

Il ne vint pas me parler les jours suivants. Je ne m’étais pas attendue à ce qu’il le fasse, non plus. Lorsque je passais près de lui, je fuyais son regard, toute timide. N’était-ce qu’une impression ou était-ce réellement ses yeux que je sentais sur moi, quelque fois ? Cette impression me rendait joyeuse. J’espérais qu’elle fût vraie.

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Chapitre Trois - 12  posté le mardi 21 avril 2009 00:51

Chapitre Trois

Le mystérieux Mikhaël

 

Mes amies me connaissaient très mal. D’accord, je n’avais pas à leur en vouloir, puisque je ne les connaissais pas mieux et que je n’avais pas envie de le faire, mais de m’en apercevoir me mit un jour de très mauvaise humeur. Surtout que j’étais d’un naturel soupe au lait…

 

 Je marchais avec elles près des locaux d’arts plastiques. Ces petites pimbêches me montraient toutes les merveilles qu’elles y avaient faites depuis le début de l’année en employant des mots compliqués que, bien évidemment, je ne comprenais pas. Ce simple fait me mettait déjà sur les nerfs.

 

Mais ce qui me fit vraiment péter un plomb fut leur attitude. Non seulement s’adressaient-elles à moi comme si je souffrais d’un retard mental, mais en plus, à mesure que je les écoutais, je me rendis compte qu’elles me prenaient pour une fille sans aucun talent artistique. Au fond de moi, je savais qu’elles n’avaient pas tout à fait tort quant à ce qui concernait directement les arts plastiques, mais j’osais croire que j’étais douée dans la musique.

 

 La goutte qui fit déborder le vase fut ce que dit l’une de mes deux «amies» que j’accompagnais, Emily, une fille petite et costaude qui semblait avoir le cou rentré dans les épaules à un point qu’on se demandait si elle en avait vraiment un. J’étais en train de remarquer à voix haute que le loup qu’elle avait dessiné («Je dessine des loups depuis que je suis toute petite, c’est une sorte de passion, tout le monde tombe à la renverse lorsque je les leur montre») se tenait trop droit – un peu comme un jouet en plastique l’aurait fait lorsqu’elle me lança :

 

-Qu’est-ce que tu en sais ? Depuis quand es-tu devenue une professionnelle de l’art ?

 

 J’ouvris des yeux ronds devant le ton acide sur lequel elle avait parlé. Non, effectivement, je ne pouvais prétendre être experte en la matière, mais il aurait fallu ne s’y connaître absolument pas pour ne pas remarquer les pattes raides du loup et ses yeux ronds, aussi ronds que les miens à cet instant.

 

-Ne le prends pas si mal, ce n’est qu’un conseil que tu peux prendre en compte afin de t’améliorer, c’est tout, lui répondis-je avec un calme qui eut le don de la boucher quelques secondes, avant qu’elle ne réplique à nouveau.

 

-Tes conseils, garde-les pour ceux qui en ont besoin.

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Chapitre Trois - 13  posté le mardi 21 avril 2009 00:52

Dans une autre situation (Une situation où je n’aurais pas été impliquée), j’aurais pu comprendre sa réaction ; elle était tellement certaine que ses loups étaient parfaits. Et je ne lui avais pas fait ma remarque dans le but de la vexer, comme elle me vexait en m’ignorant la plus grande majorité du temps, mais plutôt comme je l’avais dit, dans le but qu’elle s’améliore et qu’elle ait raison d’être si fière de ses dessins.

 

 Il était peut-être vrai, d’un autre côté, que je n’avais pas à lui donner de conseil alors que je savais très bien que je ne serais pas en mesure de les appliquer moi-même, si j’étais à sa place.

 

 Quoiqu’il en soit, nous nous éloignâmes des locaux d’arts plastiques et allâmes passer notre heure de dîner ailleurs.

 

 Cet événement, bien qu’apparemment insignifiant, me laissa perplexe pendant quelques jours. Emily n’était pas réellement mon amie, il n’était donc pas tellement grave qu’elle n’eut pas été au courant que j’avais autrefois adoré dessiner, mais j’avais l’impression qu’elle aurait dû le savoir. Que tout le monde, en fait, la Terre entière, aurait dû le savoir. Pendant des années, je m’en rendais maintenant compte, j’avais cessé de pratiquer cet art, mais j’avais plus ou moins continué de croire que si je m’y remettais, le talent reviendrait de lui-même. À l’école primaire, il n’était pas rare que je gagne des concours de dessin, et aujourd’hui on me reconnaissait seulement pour mon talent en musique. Les gens ignoraient que l’art était dans ma peau. Ils auraient dû savoir.

 

Un besoin flou, mais qui me paraissait urgent, me trottait dans la tête. Je ne savais pas ce que c’était, avant que je ne comprenne, environ une semaine plus tard, que je  ressentais de nouveau le besoin de dessiner quelque chose.

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