Chapitre Un - 4  posté le mardi 21 avril 2009 00:33

Il me sembla que ce fut dix minutes plus tard que nous atteignîmes la porte, au moment où la cloche sonnait de nouveau. J’étais officiellement en retard à mon cours d’anglais. Cela ne semblait par contre nullement angoisser Mikhaël, qui me tint une nouvelle fois la porte. Toute rouge, je passai à quelques centimètres de lui et poursuivis mon chemin.

 

-On ne dit pas merci ?

 

Cette fois-ci, je m’arrêtai, seulement pour m’assurer que c’était bien lui qui avait parlé. Il s’était approché et son beau visage rieur se trouvait à trente centimètres du mien. Aussi bête que cela puisse paraître, ce devait être la première fois de ma vie que je me retrouvais à une si courte distance d’un garçon. C’était apparemment la journée des premières.

 

Je tentai vainement de ne pas le fixer comme s’il était une bête de cirque, mais c’était peine perdue d’avance. Quelques secondes s’étaient écoulées seulement, mais j’avais conscience que c’était déjà trop pour répondre à une simple question.

 

-M…merci, balbutiai-je comme la parfaite idiote que j’étais.

 

Ses lèvres s’étirèrent en un léger sourire en coin, cependant qu’il se remettait à marcher. Quant à moi, je me remis à respirer et l’odeur de son parfum me chatouilla agréablement les narines. Il marcha jusqu’à son local, s’arrêta devant et frappa à la porte. Je passai à côté de lui en ne lui lançant qu’un minuscule regard – lui ne me regarda pas du tout, remarquai-je avec un petit pincement au cœur.

 

 Je continuai mon chemin jusqu’à mon propre local, frappai à la porte. Lorsque mon professeur m’ouvrit, je jetai un dernier coup d’œil vers Michaël. Apparemment, son professeur à lui refusait de le laisser entrer. Je passai alors la porte, et, me retournant une dernière fois, vis mon homme parfait me sourire.

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Chapitre Deux - 5  posté le mardi 21 avril 2009 00:34

Chapitre Deux

Toujours faire comme si de rien n'était

 

La vie à la maison était des plus ennuyeuses. Ou n’était-ce pas plutôt ma vie à moi qui l’était ?

 

 Rentrer à la maison signifiait toujours pour moi que je serais de mauvaise humeur pour le reste de la soirée. Il ne s’y passait jamais rien. J’avais – naïvement cru qu’une nouvelle ville emmènerait avec elle quelques nouveaux amis sympathiques qui ne demanderaient qu’à passer du temps avec la géniale fille que j’étais. Mais ce n’était pas le cas. Je m’entendais bien avec ma compagne de casier, j’avais quelques connaissances avec qui je traînais lors des pauses et sur l’heure du dîner, mais ces dernières ne semblaient pas être plus attachées à moi que je l’étais à elles.

 

Résultat : je passais mes soirées à lire des romans, paresseusement couchée sur mon lit, à écouter le hockey ou à dessiner lorsque je n’avais vraiment plus aucune autre possibilité – j’avais vaguement eu un talent en dessin à une époque très, très lointaine, mais il s’était volatilisé depuis que j’avais remplacé mes cours d’arts plastiques par ceux de musique. Seuls mes devoirs scolaires arrivaient à me sortir de mon ennui, pour qu’ensuite j’y replonge encore plus brutalement lorsque je les avais terminés.

 

 J’avais deux parents, une sœur, Corinne, allant à la même polyvalente que moi – elle en était à sa dernière année, la chanceuse et un chien très vieux qui, malgré ses efforts, n’arrivait pas à me distraire.

 

 Je riais moi-même en pensant que je préférais l’école à la maison. J’avais autrefois – à une époque aussi lointaine que celle où j’avais été douée pour le dessin été une élève studieuse réussissant dans toutes les matières mais, les choses étant ce qu’elles sont, j’avais préféré m’installer devant la télévision que devant mes bouquins de révision, et depuis, l’habitude m’était restée.

 

 Non, les cours ne m’intéressaient plus beaucoup, maintenant. Tout le contraire – oui, encore et toujours lui – de Mikhaël, qui accaparait mon esprit depuis quatre longs mois déjà. Au moins, je n’en étais pas encore rendue à rêver de lui, ce que je considérais déjà comme la preuve que je n’étais pas totalement accro à ce garçon qui ne m’avait adressé la parole qu’une seule fois – moment que je chérissais stupidement à chaque fois que j’y repensais. Je pensais aussi au sourire qu’il m’avait lancé, si irrésistible, avant que je ne rentre dans le local d’anglais…

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Chapitre Deux - 6  posté le mardi 21 avril 2009 00:36

 

J’allai me coucher de très bonne heure – dix-neuf heures , cette soirée-là. Je m’aperçus à peine qu’il était si tôt, et de toute façon il faisait si noir dehors qu’il aurait pu être le milieu de la nuit. Voilà mon excuse. Avant de m’endormir, je me demandai à quoi j’allais rêver – c’était un jeu depuis mon enfance, je pensais à quelque chose d’idiot en espérant y rêver et le lendemain matin, je tentais de me rappeler si cela avait marché (Mes résultats n’étaient pas extrêmement concluants, même après toutes ces années).

 

Le lendemain matin, je ne me souvins plus de ce à quoi j’avais rêvé, mais je savais néanmoins que mes douze heures de sommeil ne m’avaient pas redonné d’énergie. Contrairement à tout le monde, je n’étais pas fatiguée seulement durant ma première heure d’éveil, je l’étais plutôt durant toute la journée. Au moins, cette «sensation» ne laissait pas de cernes sous mes yeux. Elle ajoutait par contre à ma mauvaise humeur qui, je le savais, ne ferait qu’augmenter encore au fil des heures, comme toujours, car tout, absolument tout dans la vie, était susceptible de me faire enrager. Je n’attendais qu’une seule chose pour que la bonne humeur me revienne…

 

 Février arrivait à grands pas, emmenant avec elle de nouvelles tempêtes de neige. La région avait battu un record de chute de neige, cet hiver, et au stade de l’année où nous en étions, je ne doutais pas que le chiffre monterait encore de quelques dizaines avant que le beau temps n’arrive. Mais le Québec étant ce qu’il était, les hivers étaient rudes et les étés, froids.

 

 Dans l’autobus scolaire qui me conduisait à l’école, la personne assise sur le siège devant moi se retourna et me demanda :

 

 -Alexis, tu as faim ?

 

 -Euh… Non, pourquoi ? lui demandai-je sans comprendre – à la fois pourquoi il me posait cette question et aussi pourquoi il connaissait mon nom.

 

Le garçon fit un signe de tête vers la fenêtre. Je devais être aveugle, car je n’avais pas remarqué le gros camion qui s’était renversé, envoyant rouler sur l’asphalte une bonne partie de sa cargaison  des bonbons. Voilà qui était assez cocasse et appétissant.

 

 Cet accident –mineur, appris-je plus tard à la télévison, car il le conducteur lui-même n’avait même pas été blessé ne ralentit pas l’autobus, et nous arrivâmes à la même heure qu’à l’habitude à l’école. La journée, à part ce qui s’était produit quelques minutes plus tôt sur le chemin, semblait vouloir être aussi banale et ennuyeuse que toutes les autres, à mon avis, mais j’ignorais alors que je me trompais.

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Chapitre Deux - 7  posté le mardi 21 avril 2009 00:37

 

 Comme nous le faisions tous les jours, mes «amies» et moi montâmes à l’étage après avoir pris nos cartables. Généralement, je les suivais jusqu’en haut, je me plaçais près d’elles pendant qu’elles discutaient et je m’impliquais dans la conversation les rares fois où elles s’adressaient à moi. D’un côté, j’avais conscience d’être avec elles seulement pour ne pas être complètement seule, mais je ne pouvais nier le fait que j’étais blessée que tout le monde se soucie aussi peu de moi.

 

 En me disant cela, je m’éloignai un peu d’elles et allai m’adosser contre le rebord d’une fenêtre, à côté des photos de finissants de l’année précédente. Je les avais déjà regardées des millions de fois au moins et je n’avais pas envie d’aller me moquer muettement d’eux comme j’avais l’impression que l’on se moquait de moi présentement. Chaque rire que j’entendais, j’avais le sentiment qu’il m’était destiné. Cela faisait mal. Vivement que la cloche sonne –encore quinze longues minutes à attendre.

 

 Je n’entendis pas la lourde porte d’un horrible bleu, séparant l’étage des escaliers, que l’on poussait, ni ne vis le grand garçon à la chevelure sombre et bouclée qui s’approcha de l’endroit où je me trouvais. J’étais trop absorbée dans la contemplation de mes souliers qui, pour une mystérieuse raison, bleuissaient. La décoloration de mes jeans, peut-être ?

 

 Une délicieuse odeur inidentifiable pour mes jeunes narines me fit frémir. Aussi sot que cela puisse paraître, je l’aurais reconnue d’entre mille. Je ne bougeai pas la tête, mais levai les yeux vers Mikhaël, qui semblait lui aussi très concentré en observant les photos de finissants, à environ un mètre de moi. Je croyais qu’il  ne me voyait pas, mais il suffisait qu’il ne soit pas aussi attentif aux photos qu’il le paraissait et nul doute que ma subtilité ne le bernerait pas. Une beauté comme lui, par contre, devait être habituée à sentir les regards le suivre partout où il allait – une remarque plutôt bête de ma part.

 

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Chapitre Deux - 8  posté le mardi 21 avril 2009 00:38

 

 

 Soudain, il s’esclaffa. Son rire à lui, par contre, n’était nullement lancé méchamment contre moi. Vu l’endroit où il était placé, il devait rire de Bobby Côté, un diplômé dont la coupe de cheveux était aussi années 90  que son nom – ce pauvre garçon ne m’aurait pas autant marqué si je n’avais eu de bonne raison de rire en regardant sa photo.

 

-Tu l’as vu ? demanda Mikhaël mais sans paraître s’adresser à quelqu’un en particulier.

 

 Ce coup-ci, je levai la tête, hésitant tout de même, cherchant quelqu’un à ses côtés. La seule personne près de lui était moi, ce qui me rendit mal à l’aise. Pourquoi fallait-il que lorsque nous chemins se croisâmes, nous soyons aussi isolés ? D’un autre point de vue, c’était aussi bien car les rires de ses propres amis m’auraient sans doute fait la même impression que ceux des «miens».

 

 À penser autant, j’avais encore une fois laissé passer ma chance de lui répondre en un délai respectable. Cette fois-ci par contre, je pouvais mettre mon silence sur le fait que je ne savais toujours pas s’il s’adressait vraiment à moi. Du moins, jusqu’à ce qu’il ne tourne la tête et me regarde de ses beaux yeux bleus.

 

 -Je crois que c’est une habitude chez toi de ne pas répondre lorsque l’on te parle, remarqua-t-il mais, à mon grand soulagement, il ne l’avait nullement dit avec méchanceté. (Il eut un petit rire, non pas timide, mais signifiant qu’il blaguait. Je tentai de l’imiter mais ne parvins qu’à sourire et à faire un drôle de bruit de gorge) Bobby Côté… drôle de gars, étrange que je ne l’ait même pas remarqué l’an dernier. Et toi ?

 

 Je comptai mentalement jusqu’à deux, histoire de m’assurer que ma voix ne trahirait pas ma nervosité – excitation ? – puis répondit :

 

 -Je n’étais pas ici l’an dernier.

 

 J’espérai bêtement – il me sembla que j’étais souvent bête, ces temps-ci que ma réponse ne fut pas trop lancée sur un ton brusque. Lui constata :

 

 -Oh, tu es en troisième secondaire (Non pas dit avec dédain, c’était véritablement une simple remarque). Tu n’as pourtant pas l’air si jeune.

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