Chapitre
Un
L'homme
parfait
Il arrive
parfois que certaines personnes en détestent une autre sans savoir
pourquoi. Ou s’ils ont une raison, celle-ci n’a souvent
aucun sens.
Je pensais
à cela en entendant des gens parler de Mikhaël Donnelly. Filles
comme garçons, une assez bonne partie des étudiants de
l’école affirmait le détester. On aurait pu dire qu’il
ne leur avait rien fait, mais je ne pouvais – et de loin
– affirmer que ce fût vrai. Par sa simple existence, il
énervait la plupart des garçons et rendait malades de jalousie les
pauvres adolescentes qui le voyaient en présence d’une autre
fille. Je ne pouvais guère me moquer d’elles en fait, car je
faisais moi-même partie de cette catégorie.
Pourtant,
je ne le connaissais pas. C’était ma première année dans
cette école, mais il ne m’avait guère fallu de temps pour
comprendre que lorsque les conversations se taisaient brusquement,
que les filles se mettaient à glousser et les garçons à
s’énerver, c’était qu’il était dans les
parages.
Jamais je n’aurais cru qu’une petite ville
aussi minable que celle où j’avais emménagé pu se vanter
d’avoir comme habitant un garçon comme Mikhaël. Au risque de
paraître pour complètement accro – mais au fond je
n’avais jamais douté de l’être ─, je
n’aurais jamais pensé rencontrer dans ma vie quelqu’un
possédant une telle… enveloppe charnelle. Pour dire les
choses comme elles sont, Mikhaël avait un corps et un visage
parfaits.
Et jamais
de ma vie non plus je n’aurais cru pouvoir avoir
l’honneur de lui adresser la parole un jour. Mais pourtant,
cela arriva. Je semblais être dotée, depuis ma naissance,
d’une chance étrangement toujours présente aux moments où
j’en avais besoin. Le jour où il me parla, j’avais sans
doute emmagasiné beaucoup de super-chance au cours des jours
précédents et elle avait dû être extériorisée dans ces quelques
parfaites minutes de ce glacé mois de janvier. Dans des moments
comme ceux-là, nul doute qu’un quelconque être divin
m’avait octroyé le Monopole de la Chance, cet ultime pouvoir
donné à ceux qui le méritaient le plus.